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Les

Chroniques

A

l’Encre

de

Chine

(cherche éditeur)


(        e         x          t         r         a        i        t       s         )

Darfour.

Le Soleil s’en va.
Il lève camp
sur le champ
où poussent les

lames brisées
tirant leur sève
pourpre de ces
corps
que l’âme

a renié.

Le Soleil s’en va.
Il quitte le labour
où la mort fauche
ses fleurs pour
en orner son froid
diadème.

Le Soleil s’en va.
Et tourne le dos à
cette terre harcelée
par le cri de leur
sang esseulé.

Le Soleil s’en va.
Déjà il a retiré son
étendard brûlant

et sa lumière. Mais
leur sang jamais ne
sèchera,

mais leur sang jamais
ne se taira. Aveuglant, il sera là
à rappeler le Crime

et

l’Absence.

le naufragé.

Au petit matin
mon corps s’échoue
à ton côté braisé

par le ressac.

Seul les échos
de notre tempête
lèchent encore

ta poitrine.

Et sur tes yeux
fermés, coule, à l’encre
noire, mon ombre

naufragée.

moi.

Je m’appelle Soleil
je m’appelle la Lune

je m’appelle n’importe-où
qui te fait rêver

je m’appelle ce que tu veux
je m’appelle ce que disent tes yeux

je m’appelle amoureux
je m’appelle par le nom que tes lettres
me donnent

je coûte le prix des timbres qui tiennent
ces enveloppes scellées de ta salive
dans leur flanc

je m’appelle Ciao
je m’appelle Viens
ou

pars

je m’appelle ce que tu cries
je m’appelle ce que tu dis

je suis être
je suis rien

si tu veux.

Je suis aimer
je suis fou

je m’appelle ton ombre
ou

ton absence

je m’appelle attente
je m’appelle reste

je suis ta chanson française
je suis ton canot de notre sauvetage
je m’appelle partons
je m’appelle la Provence, Charente

ou
la Virginie
là-bas

je t’appelle
je t’appelle mienne

je t’appelle

quand tu me parles
tes blanches dents me décorent
Duc ou Baron ou

Roi ou riche Pair
ou

tout a la fois
moi

je veux être
toi.

oracle.

Dieu créa le monde
et s’y regarde.

Dieu créa le monde
et s’y connait.

Au septième jour,
Dieu,

pensif,
le soleil sous la tête,

les orteils en éventail faisait des ronds
dans l’eau.

Comme Magellan.

Je voudrais connaitre tes mains
par coeur, laisser errer mes doigts
au creux de ces vallées et collines
qui t’appartiennent…

… M’y perdre sans eau ni rations
sous la clarté bleue de tes
yeux, en déchiffrer le cours.

Alors, dans notre livre d’histoire,
Je pourrais y écrire -de ta main
que j’ai découvert le monde.

inculta.

Assis.
Feuille blanche.

Obscure et pâle
elle attend. Semble
(se) donner, elle
tend

mais toujours
(me) reprend.

Et alors
je scrute
chaque pan

pénètre
chaque recoin
de la feuille
dans l’espoir
d’apercevoir
là-bas
au loin une
idée, ne
serait-ce qu’un

pas.

Non. Rien.

Rien,
sinon mon appel
qui se mêle
obstinément
à mon
petit désert
rectangulaire.

Ô frustration!

Assis.
Feuille blanche.

Esprit maintenant
évadé.
Il court, court à
en perdre la raison.

Reviens! Reviens
Ô Fol ébloui!

Assis.
Feuille blanche.

parures.

Dans ces villes
dont les rues

ruissellent
et
rebondissent
sur
leurs épaules,

au détour d’un tournant,
en
clin d’oeil sans temps,

elles se découvrent
parfois

de leur tas de briques
révélant un jardin
à
l’anglaise,

des villages
cendrillonés
parés

de pierres ridées,

un couvent
où le
lierre s’égare

sans égards
pour
Celui qui passe
et essouffle l’âme.

élégance.

N’aies pas froid sous
le regard des autres.

Accepte le mien comme
foulard pour ton cou.

Grave sur le grain de
ta peau l’étreinte chaude

de la pupille.

Tiens. Prends.

le cri du baiser.

Pâlit ma Lune
quand mes yeux trébuchent

dans les coins obscurs
que ton noir amant

verse autour.

Pâlit ma Lune devant ma
splendeur!

Pâlit, pâlit, oh! Rougit et

va-t’en!

rebelle.

Sa chevelure lèche le ciel;
troupeau de gazelles

bondissantes, lapant les
steppes azurées de leur sabots

de soie.

Ses bras
découvrent les chemins
que ses doigts griffent dans l’air,

sa respiration enveloppe ses élans
comme un châle frémit par le vent,

ses lèvres et ses paupières
haletantes

enfièvrent la rocaille sèche
de la robe de ses
dérobées, Ô tellement fraiches.

Ses anches
telles les ailes d’un papillon
fouillent
chaque recoin d’air,

traduisent
avidement une à une les
runes oubliées,
et

s’abreuvent
d’une langue qui ne
s’épanche qu’avec le corps.

Oh, laissez-la, vous!

Ses pas, pulsant le sol saoul,

brûlent de l’aquilon Afghan
la poussière en diamants,

au son de cette musique
longtemps
interdite par les Talibans.

De la rebelle en treillis, la Kalashnikov
et les grenades ont disparus,
déchus
par des perles de sueur

que ses danses
tissent en rivière

sur son cou mat;

aux yeux de ce jeune soldat
un petit homme de pas plus de seize

elle
n’est plus qu’un
cygne dans le désert

et il en pleure.
Il en pleure des pleurs saccadés,
qui sentent si bon la liberté

car

le môme ne savait pas que c’était si beau
de voir

une femme danser.

de la futaille du regardeur.

Ce regard prenait le temps
de
demander à chaque passant
l’aumône de la petite histoire.De tout passage était ainsi
saisi un aveu

(ces alcools qui coloraient
les gouaches)

qui avait sa place propre dans
la boite
de Petits LU rouillée.

C’est dans cet âtre

qu’ils pouvaient vieillir
au contact les uns des autres

fermentant leur éclat
avec pudeur et
coquette application.

De sorte que chacune des
toiles
qu’ils étreignaient
appartenait de fait à l’âme de

milliers

d’inconnus, qui, sans le savoir,
avaient un doigt de pied

dans

l’immortel…

l’Opéra…

Autour du merle
mon merle

le bout de cheminée
orange

ma cheminée de terre
rouillée par

le tout jeune jour
ma petite

aube sur le toit voisin
qui apprend

en oubliant ses rougeurs
à devenir matinée.

… rue Parisie.

les casquettes d’Orléans.

Cela faisait quelque temps déjà
qu’il avait pris l’âge en stop sur son dos

et on les voyaient tout les deux, inséparables,
arpenter les jours avec plus ou moins de peine.

Ils n’avaient rien. Rien, sinon trois casquettes fatiguées
recueillies sur le pavé. Elles devinrent, à la lumière des anges

qui lui faisait chanter les rides, un bicorne de Maréchal, une couronne
des héros de la vallée d’Alphée, et parfois même, sans qu’il ne le sache jamais,

une auréole.

nuit au large.

Les voiles
respirent

les étoiles
s’écorchent

sur les
flots de

bronze

au
manches
de percale
la
barre
se
tend

à Venus

le capitaine
sourit.

au roman de la rose.

Je vis dans une rose

elle s’ouvre pour me
laisser respirer

Je vis dans une rose

elle se ferme pour me
garder à elle, pour
éviter que je ne tombe

et

devienne un parmi
les fanés.

Je vis dans une rose

dont je serre les pétales
contre ma poitrine
contre mon cou
-elle est ma sève
entre mes bras
contre mes lèvres
sèches
-elles sont chacune

un baiser

Je vis dans une rose
comme un grain de
sable dans son huitre

je vis dans une rose
et demain au jour, je

serais une perle-papillon.

Mais ce soir encor
je vis dans une rose.

bel canto!

Alors que la nuit coud sa
toison de flocons tièdes

un rond de lune errant
teint l’herbe pétrolée du

pré aux vaches à la quête
d’une rose où poser sa
tâche.

Crucifie!

Ils ont vendu l’autre jour les Jeux au Parti.

«Que savez-vous, monsieur, de ces choses!
C’est une tyrannie exemplaire,
voyons,
une tyrannie en voix de rédemption
mon cher!»

«Elle tue bien moins qu’elle ne le faisait,
et de surcroit s’est convertie
à la Très Sainte Religion
Capitaliste!», me rassure-t-on.

Ah! bien. Je me faisait du souci.

Ce n’est qu’une prostitution
passagère, alors.

Seulement, ils sont bien là, ces torturés,
mendiants de la liberté.

Ces héros de la Chine Libre,
amants à la nuque trouée,
ces Héraults de l’espoir, morts
sans stèle
dont les dieux sacrifient
la mémoire et les efforts
sur l’Autel du Ciel,

ne leur laissant pour toute tombe
que la fosse d’un oubli de circonstance
creusée dans la mémoire commune.

Démocraties donneuses de morale
qui de leurs olympes acquiescent au
Jeux de la honte.

Allez, courez! Foulez aux pieds
un peuple à la liberté
pillée.

Allez, concourrez! Moquez vous
de ce peuple
à la langue arrachée,
séquestrée,
la conscience stérilisée.

Pour trente pièces d’or, au
cinq mille
de quatre-vingt neuf,
vous les dépouillez du peu qui
leur reste:

leur éternité.

Les stades sont prêts.

Au bout de la Place Tienanmen,
les portes de la Paix Céleste
s’ouvrent fièrement à l’humanité,
le Baron sur ses battants crucifié.

Les assauts répétés des hordes d’Ans
avait finit par avoir raison de la

résistance du maître, et celui-ci, défait,
dû céder le vieux château au

paysage.

Les bois l’avait habité au fil des vents,
feuille après feuille. Car vous

savez, un bois,

eh bien, fichtre!
Ça ne se presse pas!

Enfin, on en oublia le compte des lunes,
et un beau jour, de vieux château il

n’en restait qu’une bien vague légende
sertie de chênes et

de

fleurs sauvages…

Londres.

Il pleut des cordes
il pleut des chats

il pleut des années
il pleut des soleils

il pleut des gens
qui s’aiment

qui pleuvent leur
souvenirs sur Terre

il pleut, il pleut
tout ce que je veux.

Il pleut des cordes

et

j’y monte, monte
tout en haut
sur les gros gris

et j’y arrive, arrive
tout trempé

mais là, je puis être
seul enfin

dans l’oeil de mon
cyclone.

Il pleut,
il pleut.

Mais de là, je puis semer
au vent
des avions en papier

avec ton nom dessus,

quand je pleure.
Oh, Ces cordes qui
me ligotent le coeur!

Mais même
dans le Londres de mon corps,

mais même
sous la pluie qui coule,
je t’aime,

et

alors, il y
pleut des roses.

Il pleut, Il pleut
des cordes il pleut

et

je les descends
parce que tu m’y attends
au bout.

Oh!
pa-pa, papa, pa- parapa-pa
Oh!

Oh, ma chanson s’est coincée

dans un arbre
jaune

et zut!
Papa, papa, par-ra-rapaap!

Maintenant, tout le monde va
la voir

Oh!

Oh!
Oh!

papapap, parapapaa-ap-pap

Elle a du s’enfuir de mon bas-
de-laine, laissé là dans mes oreilles
par ce Hugo, Victor

mais elle n’a pas tort,
de vouloir se montrer telle

Ah! Papap, pap, paparapa- pa

car elle est oh, si belle!

S’il-te-plait, petite chanson
chan, chan-chan, chanson

elle a séduit de ma guitare
les cordes

elle
les a enroulées

autour de sa promenade
des gens qu’elle aborde

sans prévenir. Elle les a emmenés…

Ah! lala Ah-ah!

Ah… Oh!

Et aussi
ahapap-padapalap, parrap-pa, da-pa

Eh! Ma petite,
ne me laisse pas, moi passionné
par ta note qui brille

moi aussi j’aimerai une chanson
en papier-peint pour ma journée.

Et mes cordes pour ta guitare,
petite chanson.
Lala-la, raPap… ting!

griserie.

Agitant l’orage d’une main,
l’Ancien des Jours
de son frissonnant tambourin,

danse des cercles
autour de moi
et, sur les cheveux,

y

étreint une couronne
de cris de joie

monsieur dj.

la rime devient

efflorescence.

Ses notes glissent
bondissent sur les griffes
allongées,

jetées en tableaux
de flammèches éphémères
qui vivent et meurent

nymphes

à

l’onde de la
platine.

papillons.

… Il imaginait
des vers auxquels
il écrivait des

ailes

et des

mondes

pour les y
rendre
libres…
Et c’est ainsi que chaque jour il
leur soufflait

vie du rebord de sa
fenêtre pour les regarder peupler les
heures et les saisons du quartier.

à suivre [...]

 

 

conte de fées.

Les petites fées de cristal avaient quitté
leur royaume de nuages gris et vinrent
rendre visite à la terre lors de l’un de ces
Mercredis de Septembre qu’elles
affectionnaient tout particulièrement.

Leur traînées humides brodèrent
quelques rires en cordes
du ciel jusqu’au sol, se
transformant

soudain

en lutins galopants, et ce pour le plus
grand bonheur

des galopins
-et galopines- du

quartier ayant échappé à
la vigilance de maman.

Ah, mes bons amis! Quelle
panique chez les fées! Et bien
plus d’un lutin en fut rudement
bousculé…

L’averse se tut. Les enfants
rentrèrent hilares, trempés
jusqu’à l’os, mais ce n’est pas
grave:

c’était si drôle!

le marchand de papillons.

[...] suite.
Il vendait ses lignes qu’il cueillait le
matin au jardin de l’évêché comme
des petits marrons grillés que l’on
disperse au gré des passants sur le
pavé parisien.

Il les échangeait pour un sourire,

les offrait en rançon pour un visage
que la tristesse avait

volé,

et ceux qui lui restaient les plantait
dans le ciel pour les pilotes
perdus

et

leur petits

princes.

le tiroir.

Il existe un tiroir qu’il m’arrive
parfois

d’ouvrir…

Il en sort des mondes embrumés
aux contours mystérieux
qui ne se laissent pas toujours
approcher au regard
inconnu…

Ainsi, à la première ébauche
de trait sur le papier,
si vous n’y prenez
gare, ils se déroberaient…
Par timidité, peut-être. Par
méfiance, sans doute.

La peur d’être lus sans
âme, vous voyez. D’être
Arrachés,
livrés
et faits prisonniers d’yeux
qui ne comprennent pas,
volés des pages
où ils se reposent avant
le grand voyage
depuis les doigts de ceux
qui cherchent à les
entendre.

Se sont des paysages
et des vies et des visages
et des silences farouches,
qui ne ne s’apprivoisent
qu’après une longue
attente;

lorsqu’ils voient que l’on
écoute
le Temps nous les
conter.

Il faut savoir les trouver,
leur laisser le loisir d’évader
pour mieux surprendre d’une
amitié inopinée
-quelque fois, oh si brève
le poète aventurier.

Insaisissables,

vagabondant
d’un ouvrage à un autre, jouant
à cache-cache entre deux grains
de poussière ayant trouvé refuge
au creux d’un alexandrin de Pétrarque,

ils font des vers de tout, afin de nous
chatouiller les sens à la beauté
simple des petits
riens.

Mais lorsqu’ils se fatiguent, il se peut
qu’ils se laissent héberger, ne
serait-ce que pour un Age,
dans les sillons d’une plume,
et y recueillir les regards chauds
des âmes
qui

aiment.

Loin.

Loin sous tes couvertures,
ton coeur endormi, comme une braise,
sur le souffle des secondes.

Fondu dans le reflet d’une
bluette prisonnière de tes cheveux
je te regarde.

La pluie, surprise, s’est arrêtée
devant la fenêtre pour te regarder dormir.
Juste pour te laisser

rêver

de la sacoche du poète.

Poésie!
Ce sont des suites de mots sans
importance

pour ceux qui ne distinguent
pas les grands-choses de
l’existence

telle

la douceur confiante d’une fleur
entre les doigts d’une petite

fille, irradiant de sa lucarne
le monde autour. Inventant

à chaque instant une raison
pour l’aimer. Pour aimer être.

Poésie!
Ce sont des pas sans empreinte
pour les mains qui ne peuvent

sentir les plus hauts sommets
d’un soupir,

en mesurer les nuances, les
robes bigarrées, en libérer

les saveurs sans nombre.

Pour
ces mains fanées en
poing

ce ne sont que des gribouillis.

Et moi je crie:
Poésie!

Il était une fois…

… une feuille rouge, roussie sur les bords par

les premiers regards de

l’hiver

s’est laissée couler jusqu’au sol
blottie

contre

un petit brin de soir

je crois qu’il s’agit d’un

baiser perdu

tombé de la poche d’un

automne
un peu

étourdi et…

amoureux!

passion.

L’incantation au rythme irrégulier de chaque pas
scande dans sa tête les brûlures, toujours un peu
plus enlevées les unes que les autres, de sens
aux couleurs douloureuses.

Les marches sont bruyamment grises. Et
oh, si lourdes!
Elles réverbèrent l’écho de la poutre
sur son dos

dont le bois martèle a petits coups fins et précis,
d’élégantes traînées pourpres qui viennent
à orner au fil de chaque appui -sec et
profond- une peau
de terre, tannée au soleil du Levant.

Les coups se réfugient en averses éparses le
long de la route. La douleur lui saisit les mains,
afin de le soutenir… Dans une foule de cris
Elle est la seule à son côté,
elle le porte
comme une
amie fidèle.

Mais plus que les coups ce sont les mots qui
font mal. Mal…
Mal car immensément vides et noirs de haine,
abyssales incisions charbonnées!

Ils se souvient cependant du jour où il avait dessiné
de la voix dans le néant la première lumière.

«Que la lumière soit!»

Il se souvient du jour où il façonna le premier
je t’aime. C’était si bon.

Il se souvient du jour où il partagea avec eux sa
première inspiration…
expiration. Il se souvient aussi
du jour où il se réveilla à la douleur.

Le premier jour
où il pleura.

Évènement on ne peut plus curieux,
qui s’épanche en un exquis et
troublant spectacle des sens
avec ces petits glaçons tièdes qui fondent et trébuchent
à chaque crevasse de peau, se relevant parfois
légèrement refroidis et un peu endoloris

mais qui
persévèrent dans leur procession jusqu’à ce qu’il aient
disparus, absorbés par une chute ou un sourire de
coeur.

Être humain pour la première fois. N’avoir plus comme tout
pouvoir que celui d’aimer.

Le souvenir de lèvres humaines sur son front. Le
souvenir du sable lisser ses doigts d’enfant. Le
premier câlin.

La première moquerie.
La première
claque.

Et aujourd’hui?

Et les cris? Et les coups? Pourquoi?

Parce qu’il a eu le culot de créer le monde
et de lui dire

je t’aime

candle.

Comme la Dame Blanche que le poignard
avait revêtu du sang des anges,
ce blanc linceul

dont je me couvrirai le coeur
tout en essayant de laisser ma
vie, la fleur que tu as arrosée

de ta présence, s’ouvrir et de fermer

jusqu’au dernier
vent.

le riche mendiant.

Ce vieux mur de pierre,
à la démarche séculaire,
clinquante d’âge,

m’écrasa
la vue et prétendit ne pas
s’en apercevoir. Sa harde

en loques, ourdie au passage
des vies et des autos,
pansée d’un riche
filet de lierre,
se portait digne

au toucher de mon visage.

Du moins assez digne du
milieu de sa
misère

pour que je lui fisse l’aumône
de la plume.

chiche!

Et si on se mariait encore une fois
et si on dansait immobiles

incognito
dans la foule

et si on s’éclaboussait des yeux
sous les mots du pasteur

et si on oubliait de dire

oui
et si on mordait un grand
coup dans la lune en miel

et si on en rigolait la bouche

pleine
et si, du jardin du voisin, en se
roulant sur l’herbe froide

on cambriolait la nuit
lorsque la terre au soleil a le dos

tourné

et si on s’en mettait des étoiles
plein les poches

pour les relâcher dans notre chambre
et aussi un peu sous les couvertures

et si tous les jours on tombait

ensemble

sur la moquette
amoureux

et qu’on ait pas envie de
s’embrasser mais seulement de

s’emmêler
les mirettes

et si juste après on disait zut à la

guerre
et puis déposions les armes pour
attaquer les tartines

et puis après les tartines,

si on se demandait quoi faire de notre

journée
… Et si on se mariait encore une fois?

entrée libre.

Mon ami le
musée
pour le thé

m’a invité.

J’y suis arrivé
les mains dans
les poches

et le crayon
de bois
sur l’oreille
gauche.

Comme dans
un recueil
de poèmes

Je m’y suis
faufilé, y

ai feuilleté
les allées

et trouvé
un tableau

qui m’a plu.
Je l’ai salué

Et puis suis
ressorti,

comme ça.

Ben, oui,
grâce à monsieur
le ministre

le musée est
gratuit.

poussière.

J’épluche des instants
sur le banc à la dérive

en pleine ville.

Ils se comptent et aussitôt
se fanent

mes insaisissables
qui m’absolvent de la vie

ici.

Supernova.

Ton sourire
que j’ai trouvé
étendu

si vaste
en dessous de ton
nez qui ronfle,

je le garde pour les
temps sans toi.

Ton sourire
ma respiration,

ne le retiens plus!

Pousse-moi
dedans,

ton sourire,
le saut de l’ange,

ton sourire,
lâche-le!

Et
tes lèvres
se détendent
en une étincelle,

notre
déflagration originelle;

et nous
de naître à cause
de cette saison

tu m’as souri…

… Supernova.
Ton sourire,
et

je fus;

depuis,
j’en ai toujours
un dans la
poche

au cas où les
jours seraient
nus

de toi.

Ton sourire,
c’est un petit bateau

qui m’emmène
au quatre coins de ton
amour.

Toujours je pourrais
compter sur lui, y retourner,
ton sourire;

je l’ai trouvé
infini,
recroquevillé,
dans son coquillage:

ton visage.

géométrie imaginaire.

Le compas charbonne
des ronds sur la feuille.

Des ronds tout ronds

qui s’expirent des carreaux
et s’envolent dans le ciel.

laisse.

[...]

Je préfère tes cheveux lâchés
longs.

Longs pour nous couvrir

longs pour nous tenir.

Je préfère tes cheveux libres
pour accueillir mon réveil

Libres et longs pour m’y cacher,

libres et longs pour y prier.

Je préfère tes cheveux déversés
dans le vent

qu’ils en amarrent les aventures
que l’on y puisse baigner dévoilé
minuit échoué.

J’aime lorsque la pluie s’y constelle.

Je préfère que tu les laisse échapper

tombants,

infinis,

lointains.

… Laisse.

interrogation.

Langage
qui es-tu?

Langage
dis-moi!

Langage
rends-toi!

Langage
s’il-te-plait

écris-moi
mon poème…

une fleur séchée que l’on met entre les pages d’un regard

une petite étincelle prisonnière de deux ou trois
brindilles
oubliées

Toi

et

moi

traversée.

Elle est là. Attendre.
Entendre

le crissement feutré de sa voix une ligne blanche glisser le long des veines, simplement

s’oublier pas à pas

et,
accroché au dernier soupir

mourir

un soir sous la Lune.

Un arbre accroché a une ride,
quelque part

dans la brousse.

Au creux de l’Afrique, un arbre et
le monde

d’un fleuve à l’autre.

Veines
réflections bleues du ciel

témoins
qui bredouillent en rougissant
de la mort qui leur est parfois
confiée
à charrier.

De l’Euphrate au Yangtze
en passant par la Seine,

ce monde là,
à peine né,
on l’avorte déjà,
il se meurt,
le souffle fracassé

par les briseurs
de chaînes,
ces libérateurs altruistes
qui prennent sur eux de
penser pour moi, et
m’absolvent

de ce fardeau,
la torche à la main.

Passeurs du Styx,
Ô mes bon Princes, vos
couronnes sont bien vives,

rayonnantes de tous leur
ossements! Vos médailles
ne sont que charniers!

Mais il y aura toujours un
King pour recueillir votre
coup de feu

Mais il y aura toujours un
Hüss pour vous réchauffer
du creux de son bucher.

Et au Café du Croissant,
au 147, rue de Monmartre,
Jean Jaurès prend le thé,
un parfum
de Marne et de Rhin
dans le crâne.

point final.

La plume se mit à tressaillir,

Elle virevolta et trébucha
Soudainement, les paupières

étirées par la surprise, sur la
noire trace à peine assoupie,

en lâcha un point qui s’étala
bien rond
en fin de phrase achevant

ce poème d’une fort jolie
manière.

Sous ses ongles son étreinte
scellée

la terre apprivoise ses mains
elle le

regarde fixement et devient
son

firmament

Il y repique une à une les étoiles
qui poussent

dans son théâtre de Beauce
elle lui

souffle depuis les planches les
mots

de leur pièce qu’il compose en
coquelicots

ces gardes

minarets
qui charpentent la nue de leur
incandescence

lui, il se tient là, assis aux premières
loges

à chaque lune
à chaque soleil

lui, ses mains
et
son champ

les yeux ouverts.

J’aime la laisser aller, ma
pensée,

la suivre des yeux
lorsqu’elle s’éloigne

comme un petit bateau
de papier blanc.

J’aime la regarder
bourlinguer au loin dans
une tasse de café

ma petite pensée,
ma pierre qui roule, un sac
de toile sur le dos

avec
un crayon et du papier
dedans.

Et parfois,
elle m’emmène avec elle
bien au-delà

de notre caillou bleu.

On y entre nu comme un
désert.

On y entre quelque fois comme
par erreur.

Et comme les foulées des saisons
se marquent plus arides,

leur fer plus cinglant sur
la peau

en colore les pigments de gris
et de brique.

La geôle s’insinue dans les veines,
la liberté qui s’épanche en gouttes

dévorantes de la lucarne barrée,

effrite le coeur
heure par heure,

en poussière de pierre.

C’est un poison lent et âcre, que la solitude
du retranchement;

c’en est le véritable maçon des prisons.

J’ai chaud dans ton coeur

gardes-y moi. Fermes-en

la porte, mon amie. Je t’en
prie, grimpe jusque dans la

Lune où tu m’a trouvé, et,

de tout ton amour, du plus

profond soupir, jettes-en la
clef loin, très très loin, dans

l’obscurité. Que la nuit

l’enflamme, qu’elle y rejoigne

les autres clefs que les amants
par milliers dans les cieux ont

enfoui, se nouant ainsi à
l’Eternité.

superfan.

Du haut de sa chandelle
la lueur sautille ses
anches
et

chante Dieu.

Grand-Papa et Grand-Maman.

L’on dit que les sanglots
ne peuvent réveiller du grand sommeil.
Peut-être.

L’on dit que cerbère ne
saurait être repu des cristallines prières.
Peut-être.

Peut-être, seulement.
Car curieusement, mes larmes n’ont que
faire

de ce qui se dit d’elles:
Sirènes qui ennoblissent de leur chants les murs
de mon

coeur en leur cathédrale,
elles s’obstinent à naître et à baptiser les
souvenirs

qui les engendrent parfois.
Ainsi, dans la tranquillité de ma sainte chapelle,
se poursuit

notre promenade, autrefois
interrompue

Les cris aigus des pièces
retombent en éclats

lourds

dont l’écho frappe la poussière
chaude
chauffée
à rouge sang

souvent innocent
souvent ignorant

dealé par
Halliburton et Dassault
kaïras
d’État

comme
les

Judas
au
turban

rançonnant
Dieu de
commandements
et
de permis d’égorger;

seulement, le champ
du potier
vous désire patiemment.

En attendant,

sans rancune
et Vive la Liberté.

l’Ouvrier de mots.

Au stylet sur les
pétales ivoire,
Blanches lèvres des oracles,
Allumer la nuit
d’une perle de plus.