Sa chevelure lèche le ciel;
troupeau de gazelles
bondissantes, lapant les
steppes azurées de leur sabots
de soie.
Ses bras
découvrent les chemins
que ses doigts griffent dans l’air,
sa respiration enveloppe ses élans
comme un châle frémit par le vent,
ses lèvres et ses paupières
haletantes
enfièvrent la rocaille sèche
de la robe de ses
dérobées, Ô tellement fraiches.
Ses anches
telles les ailes d’un papillon
fouillent
chaque recoin d’air,
traduisent
avidement une à une les
runes oubliées,
et
s’abreuvent
d’une langue qui ne
s’épanche qu’avec le corps.
Oh, laissez-la, vous!
Ses pas, pulsant le sol saoul,
brûlent de l’aquilon Afghan
la poussière en diamants,
au son de cette musique
longtemps
interdite par les Talibans.
De la rebelle en treillis, la Kalashnikov
et les grenades ont disparus,
déchus
par des perles de sueur
que ses danses
tissent en rivière
sur son cou mat;
aux yeux de ce jeune soldat
un petit homme de pas plus de seize
elle
n’est plus qu’un
cygne dans le désert
et il en pleure.
Il en pleure des pleurs saccadés,
qui sentent si bon la liberté
car
le môme ne savait pas que c’était si beau
de voir
une femme danser.